Histoire du Sanctuaire

Beauvoir, une histoire de cœur

Toute grande œuvre naît d’abord dans le cœur d’une femme ou d’un homme passionné d’amour.

Hommage au pieux et zélé fondateur de Beauvoir, l’abbé Joseph‑Arthur Laporte (1857‑1921)

Dieu a mis dans le cœur de l’abbé Joseph-Arthur Laporte, curé de Saint-Jean-Baptiste à Sherbrooke, l’ardent désir d’ériger un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus. Il a donc répondu à cet appel et… le Sanctuaire de Beauvoir est né.

L’abbé Joseph-Arthur Laporte a vu le jour à Saint-Paul de Joliette le 15 août 1857, fête de l’Assomption. Il entra dans la commu­nauté des Clercs de Saint-Viateur le 25 août 1879.

Les membres de cette communauté portent une grande dévo­tion au Sacré-Cœur de Jésus, et c’est à leur contact que l’abbé Laporte a déve­loppé cette dévotion.

Après son ordination, le 29 juin 1882 par Mgr Fabre, il a fait du minis­tère dans les diocèses de Montréal et de Joliette.

Il quitta la communauté des Clercs de Saint-Viateur le 28 juillet 1886 et demanda son incardination à l’Évêque de Sher­brooke.

Il sera admis au nombre des prêtres du diocèse par Mgr Antoine Racine, et nommé curé de la paroisse Sainte-Praxède de Bromp­ton­­ville (1891-1902) d’où il découvrira la « montagne » qu’il appel­lera plus tard « Beauvoir ».

Il fut curé à Coaticook (1902-1903), et en 1903 le voilà promu à la tête de la grosse paroisse Saint-Jean-Baptiste de Sher­brooke. C’est lui d’ailleurs qui en construira le magnifique temple. Il de­meu­rera dans cette paroisse jusqu’à sa mort le 20 août 1921.

À huit kilomètres au nord de Sher­brooke, une petite montagne de cent quinze mètres, encore sans nom, avait depuis longtemps attiré le regard de ce grand amant de la nature.

Après de nombreuses démarches auprès de monsieur Émile Lessard, cultivateur, il lui achète, en 1915, deux hectares de ter­rain. Il donnera le nom de « Beauvoir » (beau à voir) à ce coin de paradis dont la vue panoramique l’enchante. Il décide de s’y bâtir un petit chalet, une maison de six mètres de côté entourée d’une galerie. En 1916 et 1917, il achètera de nouveaux terrains pour agrandir son petit domaine.

Chalet de LaportePetit chalet sur la montagne (1915)

Le 28 mai 1919, l’abbé Laporte signe un contrat en vue d’un agrandis­sement considérable de son chalet. Il viendra chaque semaine dans ce refuge pour se reposer du bruit et des tracas de la vie urbaine. Et en 1920, il y fondera le Sanctuaire du Sacré-Cœur de Beauvoir.

Joseph-Arthur Laporte aime se reposer et refaire ses forces dans l’air pur et la beauté panoramique de Beauvoir.

Pour se rendre à Beauvoir, il fallait emprunter un sentier pas toujours facile. L’hiver, on utilisait le cheval.

Depuis des années, l’abbé Laporte est fasciné par la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Il en parle inlassablement.

Aussi, il n’est pas surprenant si l’unique décoration sur les murs nus de son chalet est une lithographie, sans grande prétention artistique, du Sacré-Cœur de Mont­martre. (Ce cadre est actuelle­ment installé sur le mur est de la petite chapelle de pierre.)

Image du Sacre-CoeurImage du Sacré-Cœur de l’abbé Laporte

Devant ce signe éloquent de l’Amour, il aime s’asseoir paisi­blement et prier longuement.

« C’est comme si j’entrais dans un sanctuaire, j’éprouve le sentiment de la présence de Dieu et le besoin de prier… Je lui parle sans distraction comme je le ferais à un ami qui serait là… »

Statue du Sacre-CoeurLe Sacré-Cœur de Jésus les bras ouverts accueille les pèlerins (1920)

En 1916, l’abbé Laporte rêvait toujours de faire de Beauvoir un lieu où l’on viendrait prier et célébrer le Sacré-Cœur de Jésus dont la dévotion se répandait de plus en plus au pays.

Il décide donc d’élever, non loin de son chalet, une statue du Sacré-Cœur. Mesu­rant deux mètres de hauteur, cette statue, aux bras grands ouverts, se dresse sur un piédestal de pierres des champs que des fermiers ont transportées avec foi sur leurs charrettes.

Le curé invite maintenant ses paroissiens à venir goûter le bonheur qui est le sien auprès du Sacré-Cœur…

« Laissons-nous attirer par la nature ma­gnifique, prodigue en lignes de toutes sortes, en couleurs, en parfums… Mais laissons-nous charmer bien davantage par l’auteur de ce décor splendide ­: le Dieu qui crée par amour, et pour l’amour… »

Les cœurs sacrés de Jésus et de Marie

Les débuts sont lents. Cependant, quel­ques personnes viennent prier, même pendant les absences de l’abbé Laporte. Le bon curé es­père toujours « attirer à son Ami des cœurs de plus en plus nombreux ».

En 1917, il voit la percée d’une « route » à travers champs. C’est plutôt un petit sentier cahoteux et boueux qui mènera jusqu’à la statue du Sacré-Cœur. À cette époque, ce nouveau chemin a dû être une œuvre assez laborieuse si l’on considère les accidents de terrain !

Dès 1918, des pèlerins commencent « la montée du Rosaire », une pratique de dévotion qui connaîtra des heures de gloire au cours des années 30. Le dimanche après-midi, des pèlerins, à partir de la route principale, montent à Beauvoir en récitant le chapelet.

En 1933, à la demande des pèlerins, l’abbé Pierre-Achille Bégin (dont nous parlerons dans la suite de ces notes) fait ériger une croix face au chemin montant au Sanc­tuaire. La bénédiction de cette croix par l’abbé Dolor Biron, successeur de l’abbé Laporte à la cure de Saint-Jean-Baptiste, donna lieu à une impressionnante cérémonie.

Croix blanche face au chemin menant au Sanctuaire

C’est de cette croix encore visible que partaient les pèleri­nages qui montaient à Beauvoir. Tout au long du parcours, on avait installé des planchettes de bois sur lesquelles étaient écrits les quinze mystères du rosaire. Les pèlerins montaient à Beauvoir, accompagnés par les prières et les chants dédiés à Marie.

Pour Beauvoir, l’érection de cette croix donne tout son sens à la montée du rosaire : c’est le début de l’ascension, c’est la croix du chapelet que les lèvres baisent avant de murmurer les « avés », premiers maillons de cette longue chaîne qui conduit les pèlerins à l’Amour même qui les attend au Sanctuaire.

Comme on le voit, à Beauvoir, tout comme le désirait l’abbé Laporte, la dévotion à Marie fut intimement liée à la dévotion au Cœur de Jésus.

Le joyau de Beauvoir : la chapelle

Dès 1916, l’abbé Laporte écrivait :

« Vous verrez que tôt ou tard il y aura là-haut un autel d’où le Sacré-Cœur fera rayonner son amour. »

De 1918 à 1920, il va mûrir la prochaine étape qu’il doit amorcer pour corres­pondre à l’Amour qui fait signe sur la montagne.

L’idée de la construction d’une chapelle à Beauvoir s’impose de plus en plus à son cœur. Mais il n’a pas d’argent; il est presque sans ressource. Puis, il se sent miné dans sa santé, et à bout de souffle… C’est un rude calvaire que doit gravir le fondateur.

Chapelle de pierre en 1920

En 1920, au cours d’une Heure Sainte, il demande une faveur spéciale au Sacré-Cœur, avec promesse de lui construire une petite chapelle à Beauvoir s’il est exaucé. Comme il obtient la faveur demandée (dont il n’a d’ailleurs jamais révélée la nature), il doit s’avouer vaincu. Il fait construire, avec l’aide de quelques artisans de la région, la petite chapelle promise.

Les fermiers des alentours, pour bâtir un temple au Sacré-Cœur, viennent à travers champs et sentiers, guidant leurs chevaux qui traînent des charges de pierres et de bois. Des cultivateurs de Bromp­tonville, de Stoke et d’Ascot se rappelleront avec fierté d’avoir contribué à la construction de cette petite chapelle.

Tout au long de l’été 1920, des ouvriers, véritables amants du Sacré-Cœur, spécialement la famille Roy (le père, Luc, et ses sept enfants : Luc, Philippe, Édouard, Wilfrid, Adélard, Xavier et Georges), vont s’affairer à l’édification de cette chapelle que des générations de pèlerins regarderont comme un des endroits où le Cœur de Jésus montre son amour d’une façon toute spéciale. Ce sera pour eux une gloire légitime de dire : « Je venais souvent ici du temps du curé Laporte ! » ou encore « J’ai travaillé à bâtir la chapelle ! ».

C’est un bijou architectural que l’abbé Laporte fait élever sur la colline de Beauvoir. Il ne semble pas s’en rendre compte car il laisse dans ses notes :

« Sera-t-elle jolie, cette chapelle ? Je ne crois pas, mais ce sera toujours une chapelle où je célébrerai la messe. On me donne et charroie la pierre. Par économie, je la fais poser telle qu’elle est, sans taille aucune. »

Vue arrière de la chapelle aujourd’hui

Mais le Sacré-Cœur, jamais vaincu en générosité, sait récompenser son serviteur en donnant à de vils matériaux un cachet d’élégance rustique, à un édifice humble et pauvre, une beauté qui n’échappe à personne. Et tous ceux qui viennent prier dans cette rustique chapelle y trouvent un calme, une paix qui pénètre au plus profond des âmes et les laisse pacifiés. On y sent de façon presque palpable la présence aimante du Sacré-Cœur de Jésus qui se penche avec tendresse sur ceux et celles qui viennent le visiter.

L’extérieur de cette chapelle rappelle, sous plus d’un aspect, certaines chapelles de campagne de France. C’est un bâtiment de treize mètres de longueur par huit de largeur, avec une demi-rotonde à l’arrière. Sur la façade, on remarque un contrefort à chacun des deux coins, un perron d’une dizaine de marches ainsi qu’au-dessus de la porte d’entrée un crucifix encadré par la bordure ajourée des auvents. Le toit, aux pentes assez raides, est surmonté d’un minuscule clocher. Plus tard on y ajoutera une petite cloche.

Les murs rustiques, l’ameublement rudimentaire et les rares décora­tions ne sont pas de nature à satisfaire le connaisseur avide d’œuvres d’art à grand prix. C’est la pauvreté, le dénuement. Pour toute décora­tion une statue, un cadre, deux statuettes, quelques ex-voto témoins de la bonté du Sacré-Cœur, des lampions et de vieilles images du chemin de la croix. Mais, près du tabernacle, comme on goûte avec amour et paix la divine présence du Cœur eucharistique de Jésus !

Intérieur de la chapelle de pierre (1943)

Le 24 octobre 1920, Mgr Larocque vient bénir la petite chapelle. Le lendemain, l’abbé Laporte célèbre la première messe sur le mont Beauvoir. Il écrit dans son journal :

« J’ai fait ici le ministère dominical. Est-ce un rêve ou une réalité…? C’est la réalisation d’un beau rêve. Que ne puis-je chanter mon “Nunc dimittis servum tuum in pace”. »

L’abbé Laporte pressentait que le Sacré-Cœur allait venir le chercher pour célébrer avec lui les noces éternelles de l’Agneau.

Le clocher de la chapelle historique

La petite chapelle n’a pas subi beaucoup de modifications avec le temps. Rappe­lons les plus notables…

L’escalier et le perron en bois donnant accès à la chapelle ont été remplacés par un escalier en pierres…

En 1944, le clocher reçut enfin une cloche qui, selon la coutume, a été baptisée. Elle reçut le nom de « Jean-Pie-Marguerite ». Comme il vente beaucoup sur la colline, il faut souvent attacher la cloche pour l’empêcher de sonner la nuit.

En 1965, on installa huit vitraux… Enfin, en 1970, l’ancien autel de bois ainsi que la petite balustrade furent enlevés. On érigea alors une demi-rotonde en pierre sur laquelle reposa une statue du Sacré-Cœur. Un autel en pierres des champs fut aménagé afin de pouvoir célébrer l’eucharistie face au peuple.

On aménagea aussi quelques changements mineurs, comme, en 1998, l’ajout d’une statue de la Sainte Vierge… C’est ainsi que la chapelle prit l’apparence actuelle que nous pouvons tant admirer aujourd’hui.

On a vu que cette petite chapelle fut bénite le 24 octobre 1920. L’abbé Laporte ressentit une joie immense devant son rêve fou devenu réalité. Cependant, son bonheur est assombri par sa mauvaise santé.

« Serai-je l’instrument de la croissance de cette œuvre…? Je le voudrais sans l’espérer. Sinon, Dieu devra mettre au cœur de celui qui me succéde­ra l’amour qui m’est soudain venu pour l’idée de ce sanctuaire… »

Au printemps 1921, son état de santé inexorablement se détériore. Quoique malade, il se fait transporter à Beauvoir encore quatre ou cinq fois. Puis, il lui faut renoncer à revenir à Beauvoir. Il est hospitalisé à l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul au début du mois d’août.

De sa chambre d’hôpital qu’il ne peut plus quitter, l’abbé repasse en esprit les six brèves années (1915-1921) où il a pu donner libre cours à la passion de sa vie : le Sacré-Cœur de Jésus. Et le 20 août, l’abbé Laporte peut enfin rencontrer face à face celui qui fut le grand amour de sa vie.

Le corps de l’abbé Laporte repose maintenant dans la crypte de l’église Saint-Jean-Baptiste dont il était curé. Mais, sur le mur ouest de la petite chapelle de Beauvoir une plaque commémorative rappelle celui qui a fondé le Sanctuaire et qui continue de là-haut à veiller sur son œuvre.

Plaque commémorative de l’abbé Joseph-Arthur Laporte

Les battements du cœur diminuent

L’œuvre de l’abbé Laporte trouvera-t-elle un successeur ?

L’abbé Laporte avait légué au diocèse la propriété de Beauvoir, à condition qu’il acquitte la dette restante de $3,500. Le diocèse refusa ce legs. Beauvoir revint donc à la légataire universelle, Mlle Euphémie Charest l’ancienne ménagère de l’abbé Laporte. Celle-ci vendit Beauvoir en 1923 à l’exécuteur testamentaire de M. Laporte, le notaire Gédéon Bégin, pour le prix de la dette. Cet homme d’affaires très à l’aise utilisera la colline de Beauvoir comme lieu de vacances estivales pour les membres de sa famille. Sans le savoir, il sauvait Beauvoir.

Le notaire Gédéon Bégin et sa famille – À gauche, l’abbé Pierre‑Achille Bégin (1929)

De 1923 à 1929, Beauvoir tombe dans un abandon presque complet. Seuls quelques amoureux du Sacré-Cœur y montent privément pour prier au pied de la statue du Sacré-Cœur. Mais, à la fin du mois de juillet 1929, l’abbé Pierre Achille Bégin, prêtre retraité et frère du propriétaire, accom­pagné de quelques membres de la famille, vient visiter Beauvoir. Bien que les bâtiments aient été passablement dété­riorés par les voleurs, que les folles herbes aient envahi les alentours, le groupe est charmé par le paysage et décide de s’y installer pour une quinzaine.

Désormais, la famille Bégin viendra passer quelques semaines à Beauvoir durant la période des vacances d’été.

On raconta à l’abbé Bégin la conversion étonnante d’un jeune homme dans la vingtaine. Entraîné par un copain, il était venu en curieux, se moquant de la superstition de son ami. Devant l’insistance de celui-ci et pour avoir la paix, il accepte de s’agenouiller devant la statue du Sacré-Cœur, n’éprouvant que la hâte de déguerpir… Mais il se relève bouleversé. Il est tout changé dans son cœur et son esprit. Il a trouvé ce qu’il ne cherchait pas, un signe de l’amour de Dieu. Il a le cœur chaviré de surprise. Il a enfin trouvé une grande paix et une joie débordante.

L’abbé Pierre-Achille Bégin remet en service le Sanctuaire de Beauvoir (1923‑1942)

Sans être chercheur de signes, le bon abbé sait reconnaître une invitation. D’abord, de concert avec les membres de sa famille, il décide de remettre les lieux en état, et de renouer avec le projet de l’abbé Laporte. Chaque année en juin, il invite les gens des alentours pour le triduum préparatoire à la fête du Sacré-Cœur. C’est le temps fort de l’année.

Tout au long des mois d’été, l’abbé Bégin, entouré de neveux et nièces, assure pour les pèlerins la messe chaque matin et la prière au Sacré-Cœur chaque soir ainsi qu’une Heure Sainte chaque jeudi soir. L’abbé Bégin, après l’abbé Laporte, cherche à répandre la dévotion au Sacré-Cœur.

C’est dans la petite chapelle de pierre qu’il passe le plus clair de son temps dans la prière et dans l’accueil des petits groupes de pèlerins qui continuent à gravir la montagne.

« Tout mon désir est qu’à Beauvoir le Sacré-Cœur soit particulièrement honoré, loué et prié et qu’Il y répande ses plus grandes grâces. »

À la dévotion au Sacré-Cœur vient vite s’ajouter la dévotion à Marie. On procéda à la bénédic­tion de diverses statues de Marie : la Vierge de l’Assomption en 1930, Notre-Dame du Sacré-Cœur en 1932, une grotte de Lourdes l’année suivante.

Statue de Notre-Dame du Sacré‑Cœur

Grotte de Notre-Dame de Lourdes

En 1933, le mois du rosaire pourra être solennisé dans la belle nature de Beauvoir.

Et dès 1934, renaît une pratique un peu abandonnée : « la montée du Rosaire ». Ainsi la dévotion mariale connaît une faveur grandissante sans que la vocation du sanctuaire ne soit changée.

À l’automne 1938, devant l’expansion de l’œuvre du sanctuaire, la famille Bégin offre la propriété de Beauvoir aux autorités diocésaines.

Mgr Osias Gagnon, comme son prédécesseur Mgr Larocque en 1921, juge bon de refuser la donation. Beauvoir, il le croit, vient du Cœur très aimant de Jésus. Cela doit clairement transparaître pour tout le monde. Si le diocèse prend la direction du sanctuaire, il semblera imposer en quelque sorte ce pèlerinage aux fidèles. C’est au Sacré-Cœur d’agir.

L’abbé Gérard Cambron,
second fondateur de Beauvoir
(1942‑1945)

Au printemps de 1942, le Sanctuaire de Beauvoir prend un virage important. Le propriétaire, M. Gédéon Bégin, meurt au début du printemps. Trois semaines avant sa mort, l’abbé Gérard Cambron, professeur au Grand Séminaire des Saints-Apôtres, décida d’acheter Beauvoir.

« Si la propriété demeure un patrimoine de notre famille, ce sera magnifique. Si, au contraire, le Sacré-Cœur de Jésus la requiert pour Lui, nous devrons la Lui laisser. D’ailleurs, je vais m’employer de toutes mes forces pour qu’Il la prenne, si c’est là son bon plaisir. »

Il sera d’ailleurs responsable de Beauvoir jusqu’en 1945. Plusieurs le considèrent, à juste titre, comme « le second fondateur » de Beauvoir.

Ses premières prédications (1942)

Ce familier du Sanctuaire, l’abbé Cambron, désirait propager la dévo­tion au Sacré-Cœur de Jésus. Par le truchement du Messager Saint-Michel, petit hebdomadaire diocésain, il entreprend de publier une série d’articles pour faire connaître le Sanctuaire de Beauvoir et, plus encore, pour faire naître dans les cœurs la dévotion au Sacré-Cœur.

C’est Sœur Noëlla Dionne des Filles de la Charité du Sacré-Cœur de Jésus qui, pendant des années, continuera après lui à écrire des ar­ticles dans le Messager. Persuasif, l’abbé Cambron gagne Mgr Philippe Desranleau, nouvel évêque de Sherbrooke, à se porter acquéreur de la montagne sainte.

Sœur Noëlla Dionne, une pionnière dévouée à Beauvoir
(1944-1952)

Le cœur se remet à battre

Un second souffle de vie est donné à l’œuvre du Sacré-Cœur de Beauvoir

Un nouveau malheur vient frapper le Sanctuaire. Le 25 juillet 1943, le feu détruit le chalet qui abritait l’aumônier des religieuses et les quelques personnes qui assuraient le service sur la colline. Consternation­ ! On est loin de tout à Beauvoir. La survie du Sanctuaire n’est-elle pas mise en péril ?

Une communauté religieuse fort répandue dans le diocèse, et dont le nom (Filles de la Charité du Sacré-Cœur de Jésus) semblait comme un signe d’en haut, se vit proposer par Mgr Desranleau d’acheter le Sanctuaire en 1943 pour y établir le Secrétariat central pour toutes les œuvres du Sacré-Cœur existant dans le diocèse. Ces religieuses avaient abondamment fait leur preuve, surtout dans les écoles de villages partout en Estrie.

En 1940, quelques privilégiés pouvaient monter en voiture à Beauvoir

De 1944 à 1948, elles deviennent propriétaires et gardiennes du Sanctuaire, et abordent leur nouvelle tâche avec élan et dynamisme. Mais elles ne seront pas, tout comme l’abbé Cambron, longtemps propriétaires.

Avec l’arrivée des Filles de la Charité, le Sanctuaire se voyait doté de collaboratrices précieuses.

Elles s’occupaient de l’entretien, de l’accueil, du magasin, du restaurant ainsi que du secrétariat. Elles devinrent aussi des propagandistes hors pair, parlant en termes élogieux de Beauvoir dans leurs communau­tés, leurs écoles. Elles sensibilisaient leurs nombreux amis(es) et publièrent même une petite brochure historique. Elles écrivirent aussi sur Beauvoir dans de nombreux journaux et revues.

À partir de leur arrivée, Beauvoir ne fera plus que grandir, gagnant toujours plus de popularité auprès des dévots du Sacré-Cœur.

En lieu et place de l’ancien chalet, un couvent spacieux se dresse bientôt. Les sœurs y emménagent au cours de 1944 et, tout aussitôt, elles accueillent des dames pensionnaires désireuses de solitude dans la prière.

Plusieurs prêtres seront tour à tour desservants du Sanctuaire : les abbés Léopold Bégin, Fernand Larochelle, Gérard Cambron (même s’il n’est plus propriétaire, il a toujours gardé un grand intérêt pour Beauvoir), Cléophas Boutin et Alcide Auger.

Un solide noyau se trouve donc installé sur la montagne.

1945 sera une année de liesse à Beauvoir. Tout d’abord, on célèbre les 25 ans de la petite chapelle. Elle perpétue et en quelque sorte ancre dans le sol le choix du Cœur de Dieu. Le signe planté là témoigne d’une histoire née d’un Très Grand Amour.

Puis en cette même année débute la construction d’une église. C’est l’archiviste des Filles de la Charité qui dira : « C’est Mgr Desranleau qui nous a décidées de faire cette construction de la grande chapelle. Il avait promis d’aider la congrégation à défrayer les coûts de cette chapelle, et il l’a fait très bien. »

Nouveau couvent hébergeant les Filles de la Charité – Nouvelle église (1945)

À quelques vingt mètres à l’est de la petite chapelle, s’élève la nouvelle église de 500 places. Certains estimaient excessif l’enthousiasme des responsables, mais bientôt le nouveau temple ne suffira pas à héber­ger les foules qui envahissent les hauteurs de Beauvoir.

On a été modeste dans la construction. Rien de fastueux, rien qui rappelle les grandes basiliques, et pourtant, une structure élégante qui se marie bien dans le cadre général. À l’intérieur on y trouvera neuf autels et sept confessionnaux… Le 13 juin 1947, jour de la fête du Sacré-Cœur, elle est bénite par Mgr Desranleau. Cette humble église de campagne, toute en bois, surmon­tée d’une flèche couleur argent, peut se voir de loin.

Le sous-sol de cette nouvelle église, construite en 1945, permet l’aména­ge­ment de locaux pour un magasin, une cafétéria et des réunions.

En effet, l’église neuve domine la vallée de la Saint-François et surplombe les routes qui mènent vers Sherbrooke. Sentinelle sur la hauteur du mont, elle invite à la prière, au repos, à l’admiration du paysage, mais surtout à la contemplation de ce Cœur qui attend les pèlerins pour leur parler du Père et les remplir de sa paix.

La colline de Beauvoir en 1948

De gauche à droite, on voit : une petite construction abritant les toilettes pu­bli­ques; la Villa Notre-Dame (couvent construit sur les fondations du chalet de l’abbé Laporte); la chapelle de pierre de 1920; l’église du Jubilé de 1945.

Le cœur reprend avec vigueur

La dévotion au Sacré-Cœur de Beauvoir amène de nouveaux ouvriers

Les Assomptionnistes à Beauvoir (1948-1996)

Devant les besoins sans cesse grandissants du ministère auprès des pèlerins, chaque année plus nombreux, Mgr Desranleau rêvait de confier le Sanctuaire du Sacré-Cœur à une communauté de prêtres. Le choix de Son Excellence s’arrêta sur la Congrégation des Assomp­tionnistes.

C’est l’abbé Cambron, encore une fois, qui servit d’intermédiaire entre l’évêque et le T. R. Père Wilfrid Dufault, supérieur provincial, lui-même fervent dévot du Sacré-Cœur.

Les religieux Assomptionnistes achetèrent des Filles de la Charité le Sanctuaire de Beauvoir et en prirent officiellement charge le 24 mars 1948.

Vingt-quatre prêtres et neuf frères ont œuvré généreusement au Sanctuaire de 1948 à 1996. C’est le R. P. Pierre-Célestin Therrien qui en fut le premier supérieur. Il fut aidé par les Pères Jean-Marie Rioux, Rosaire St-Laurent et Michel Tremblay ainsi que par les frères Xavier Beaulieu, Louis Pelletier, et Raymond Chevalier.

Le Père Pierre-Célestin Therrien, premier directeur Assomptionniste, arrive en 1948

Les Assomptionnistes qui débarquent à Beauvoir en 1948 ne sont pas des débutants dans la direction de lieux de pèlerinage. Ils ont une longue expérience de ce ministère particulier.

Construction du monastère (1948)

Aussitôt arrivés, aussitôt à la tâche. Dès février, ils avaient fait l’achat de terrains autour du Sanctuaire afin d’en assurer la tranquillité. Le domaine de Beauvoir se trouva du fait considérablement agrandi.

Comme les Filles de la Charité du Sacré-Cœur de Jésus demeuraient propriétaires de leur couvent, la Villa Notre-Dame, les Assomp­tion­nistes firent construire un monastère pour leurs membres.

Le contrat de construction fut confié à la Société J.A. Verret de Sherbrooke, sous la direction de l’architecte Denis Tremblay. Le 1er décembre, tout était terminé et les Pères ont pu prendre possession de leur nouvelle maison.

Il fallait résoudre le problème de l’eau. En cette même année 1948, les nouveaux propriétaires de Beauvoir ont fait forer un puits. Il devait atteindre la profondeur de 170 mètres. On y descendit une pompe, et le problème fut enfin réglé.

Beauvoir se souviendra toujours du Frère Louis Pelletier qui a participé à beaucoup de travaux d’aménagement et qui était reconnu pour ses nombreux remèdes.

Les Assomptionnistes ont dépensé argent et énergie pour que le sanctuaire devienne ce qu’il est aujourd’hui.

Voici une liste des nombreuses réa­lisations faites au Sanctuaire et que Beauvoir leur doit :

  • Amélioration des voies d’accès au Sanc­tuaire, de 1948 à 1951.
  • Mise en place d’un chemin de croix le long d’un sentier qui ceintu­rait le sommet de la colline, au printemps de 1950.
  • Le 17 octobre 1951, la Villa des Filles de la Charité, sise tout près de la petite chapelle, fut complètement détruite par un incendie. Elles acceptèrent de se reloger (1952) à mi-côte, pouvant ainsi jouir d’un peu plus de tranquillité. Le Sanctuaire récupérait alors un espace précieux.

Vue aérienne de Beauvoir, avec la nouvelle Villa Notre‑Dame (1952)

  • En 1953, le Sanctuaire achète un nouveau terrain au nord de la propriété. Il fut très utile comme stationnement pour les pèlerins, de plus en plus nombreux.
  • Le 18 décembre de la même année, quarante familles des environs de Beauvoir étaient rattachées au Sanctuaire pour former la parois­se du Sacré-Cœur de Beauvoir. Le Père Yves Garon fut le premier des treize curés qui s’occupèrent de cette paroisse. Elle a été dis­soute le 31 juillet 1995.
  • L’église de 1945 ne suffisant plus, on chercha un endroit pour ériger un autel extérieur. La Maison Fabi de Sherbrooke a offert gratuite­ment le dynamitage nécessaire. On y aménagea, en 1954, une es­planade qui permit l’érection d’un autel. Enfin on y plaça deux cents bancs, très simples, pouvant accueillir mille six cents personnes. Un rideau d’arbres assurait l’isolement propice à la prière.

La chapelle en plein air (1954)

  • C’est l’année suivante que les Assomp­tion­nistes ont fait peindre l’intérieur de l’église. On inscrivit sur les murs les « promesses » du Sacré-Cœur à Sainte Marguerite-Marie.

Intérieur de l’église dans toute sa splendeur (1955)

  • En 1956, on construisit des toilettes publiques et l’on creusa en contrebas deux petits étangs où une pompe fut installée pour le service en eau de ces toilettes.
  • Une des grandes richesses du Sanc­tuaire de Beauvoir est certaine­ment sa « Marche Évangélique ». Les huit monuments représentant des scènes de l’Évangile ont été construits entre 1958 et 1969, par le sculp­teur italien Joseph Guardo. Ses sculptures, légè­rement sty­lisées, sont pleines d’une grâce virile et suscitent l’admiration générale.
    (Pour plus de détails, voir la page Vivre la Marche Évangélique.)
  • Rappelons les huit vitraux de la petite chapelle, œuvre du verrier Jacques Déry, installés au printemps de 1965.
    (Pour plus de détails, voir la page Entrer dans la Chapelle de pierres.)
  • Il faudrait aussi rappeler les immenses travaux de terrassement et d’asphaltage, les agrandissements à la maison des Pères, l’entretien des sentiers, l’installation d’un système d’éclairage à l’intérieur et à l’extérieur, etc…

Procession aux flambeaux à la chapelle extérieure

Grâce au travail et à la générosité des membres de la Congrégation des Assomptionnistes, Beauvoir a été sauvé.

Les pèlerins et les gens des environs peuvent fréquenter ce magni­fique Sanctuaire. Que de bien le Sacré-Cœur a pu faire dans les âmes grâce à leur labeur infatigable !

Jamais Beauvoir ne pourra les oublier…

Père Roger Tougas, recteur 1980

Une nouvelle page d’amour

Les Assomptionnistes passent le flambeau à une autre congrégation

Les Pères Maristes à Beauvoir

Vu leur manque d’effectifs, les Pères Assomp­tionnistes, à l’automne 1995, se résignèrent avec tristesse à chercher une autre communauté pour prendre en charge le Sanctuaire de Beauvoir.

Le 8 août 1996, le Père Jean-Claude Trottier, provincial des Pères Maristes, avec l’accord de son chapitre provincial et le consentement des autorités diocésaines, faisait part au Père Gilles Blouin, supérieur assomptionniste, de son acceptation de l’œuvre de Beauvoir. L’acte de vente a été signé le 28 octobre.

Le 15 septembre 1996, Mgr André Gaumond, nouvel archevêque de Sherbrooke, ainsi que des pèlerins, des anciens paroissiens, des béné­voles et des amis de Beauvoir, organisèrent en l’honneur des religieux Assomp­tionnistes une grande fête de la reconnaissance.

Et le 15 octobre, eut lieu avec tristesse le départ officiel des derniers Assomptionnistes : le Père Xavier Vandermeerschen, directeur, le Père Roger Tougas, et le frère Gilles Allard. Une page venait de tourner dans l’histoire du Sanctuaire. Mais déjà commençait à s’écrire une nouvelle page dans cette longue histoire d’amour. Les Pères Maristes prenaient en charge la destinée du Sanctuaire de Beauvoir. Ils continuaient l’œuvre à laquelle les Pères et les Frères Assomp­tion­nistes s’étaient dévoués corps et âme pendant quarante-huit ans.

Un départ et une arrivée (1996)

L’arrivée des Pères Maristes

Le 10 octobre 1996, trois Pères Maristes, le Père Gilles Chabot, nommé directeur du Sanc­tuaire, le Père André Lamontagne et le Père Denis Delisle arrivaient à Beauvoir avec armes et bagages.

Trois jours plus tard, dimanche le 13 octobre, lors d’une célébration eucharistique spéciale, ils prenaient officiellement charge du Sanc­tuaire de Beauvoir au nom de l’Église et de la Société des Pères Maristes.

Que de joie, de reconnaissance et d’espérance dans le cœur de Mgr André Gaumond, arche­vêque du diocèse de Sherbrooke, des prêtres, des pèlerins et des amis de Beauvoir. D’autant plus qu’une rumeur de fermeture et de changement de vocation avait circulé en ville.

Pour les Pères Maristes, c’était la première fois qu’ils prenaient en charge un sanctuaire dans la province de Québec.

Père André Lamontagne, Père Gilles Chabot et Père Denis Delisle (1996)

Ce n’était pas une mince tâche pour les nouveaux responsables de Beauvoir. Il leur fallait très ra­pidement se familiariser avec la pastorale dans un sanctuaire et avec de nombreuses questions matérielles : administration, fonctionnement, survie sur une colline, bref « prévoir l’imprévisible » comme aimait le dire le Père Xavier.

Heureusement, des personnes d’expérience en pastorale, en anima­tion, en maintenance et en administration, sont demeurées avec la nouvelle équipe au service de Beauvoir.

D’autres responsables, très appréciées par les pèlerins, étaient dispo­sées à continuer leur beau travail tant au restaurant qu’au magasin. De même, les religieuses de la Congrégation des Sœurs de Sainte-Jeanne-d’Arc acceptaient de nommer deux des leurs en charge de la résidence des Pères. Une nouvelle page d’Amour se tournait donc au Sanctuaire de Beauvoir dans un esprit de continuité et de renouveau.

Le Sanctuaire; un chantier sans fin

Les Pères Maristes, fidèles aux traditions des lieux, ont continué à développer et à améliorer le Sanctuaire. Énumérer tout ce qui a été fait serait trop long, mais voici quelques photos de réalisations qui ont été effectuées.

Peinture du Sacré-Cœur par Frère Philippe Audet (1997)

Réparation et entretien du podium et des 180 bancs de la chapelle extérieure

Construction d’un patio près du restaurant (2000)

Installation d’une verrière dans le chœur de l’église, apparition de Jésus à sainte Marguerite‑Marie Alacoque (2004)

Rampe d’accès à la chapelle de pierres (2004)

Rampe d’accès à l’église (2004)

Aménagement d’une chapelle d’adoration à l’arrière de l’église (2006)

Source :

Sanctuaire du Sacré-Coeur de Beauvoir HISTORIQUE : Une histoire de cœur;
Textes : Père André Lamontagne, s.m., et Madame Christiane Vallée; Édition février 2009.